mercredi 18 novembre 2009

Jour quelque chose : le résumé-fleuve

Je repassais à travers mes notes ce matin, et j’ai réalisé qu’il manque quelques épisodes marquants à mon récit. Comme celui où j’ai joué à GTA toute la journée. Ou celui où je me suis cassé un ongle en ouvrant une porte d’armoire. Ou encore cet autre où j’ai passé 1 heure et la moitié d’un sac de mignardises à essayer d’apprendre à mon chien à faire le beau. Il était ben beau, mais mozusse qu’il comprend rien. Là vous vous dites « wow, quelle vie trépidante, je veux en savoir plus! »… J’ai donc pris la décision de me servir un deuxième café (ouf, dure décision!) et de me lancer. Prenez votre souffle, je suis le Petit Castor. Une fois que je suis lancée… rien ne peut m’arrêter. 

5 juillet. Assise sur un bol de toilette, un peu crispée, j’essaie de faire le vide, de me relâcher. Ce n’est qu’ainsi qu’on obtient des résultats. J’essuie mon… front (je parle de golf ici, là, quand même) et m’enligne sur les palmiers à gauche du terrain.

- What are you doing? You’re going to the left!
- The bushes are to the right; I’m going to the left.

Je frappe. La balle s’élance vers la gauche, mes bras s’élancent dans les airs. J’ai vaincu mon pire ennemi, le trou numéro 4 et sa haie magnétique, et je suis soulagée.

6 juillet. Mon téléphone sonne. C’est la dame de la maison sur Martha, à 4 portes de chez Nima. Vous vous rappelez? Trois chambres, piscine, dans la Vallée alias le Four… Eh bien, elle m’annonce que la maison est à nouveau disponible. Les locataires éventuels se sont désistés. C’est le destin. Je suis aussi paquet de nerfs que mon chien devant un livreur de pizza. Ou que mon chien tout court en fait… il est pas mal tout le temps énervé.

17 h. On est postés devant la maison en attendant Nima... qui gare sa voiture. À 4 portes de chez lui, j’ai dit. Oh! Qu’il ne s’en est pas tiré indemne. « How was the ride, Nima? Not too much traffic? mmppff! »

On entre. C’est sombre. Peu de fenêtres. La salle à manger est un chantier. Un tremblement de terre a fait bouger des poutres. La salle de bains est d’une inspirante couleur vomi. Un bris de tuyau a inondé le dog run. Je vous épargne la suite de la liste. L’agente fait tout pour nous rassurer. « The owner is going to fix this, and this, and that, and this and that, and he’s booked someone for this and that and I can ask him for this and that too if you’d like. » Ça pue le mensonge, le désespoir et la décrépitude. On tombe de notre nuage. De toute façon, on est toujours en lice pour la maison de Laurel Canyon. Vous voyez laquelle? Celle avec le grand balcon en bois inspirant à l’avant, dans la montagne… on croise nos doigts. Et on salue Nima au volant de sa voiture, qui s’arrête pour nous demander : « You want me to call you when I get home, just to make sure I got home safe? » (mmppff!)

7 juillet. Si je veux me remettre à travailler un jour, ça va me prendre mon Social Security Number. Selon Google map, j’en ai pour 1 heure 8 minutes de marche jusqu’à la Social Security Administration. Mais comme je suis en super forme et que j’ai de grandes jambes, pour moi, ça veut dire 40 minutes gros max. Sure. C’est là que j’ai compris l’importance de ne plus remettre à trop loin l’obtention de mon permis de conduire. Au Belzébuth la règle numéro 1, je ne suis plus à Montréal…

L'espace de deux coins de rue, je me retrouve au coeur du quartier le plus trash de North Hollywood. Que des gangs postées le long des murs d’entrepôts, les poches bourrées d’armes et de stupéfiants, c’est évident. On est à LA, faut pas oublier. J’adopte ma meilleure défense, la démarche tomboy. Les jambes un peu écartées à la « j’en ai une grosse », les bras éloignés du corps à la « j’ai des gros biceps », déhanchement absent, la mâchoire inférieure légèrement protubérante, à la Sylvester Stallone. Je suis une armoire. À glace. Mieux, une armoire à linge. Bourrée comme la mienne, ça fait peur. Personne ne va oser m’approcher. J’ai le cœur qui se débat, l’adrénaline dans le derrière, mais rien n’y paraît. Je franchis la porte de la Social Security Administration indemne, 1 heure 8 minutes plus tard. C’est précis, Google map. En sortant, je me remets à marcher à la recherche d’un taxi. Je suis rentrée chez moi 1 heure 20 minutes plus tard, le gros orteil au vif et le dos en compote. En super forme la vieille. 1 heure 20 minutes de marche et pas un taxi. C’est la pure vérité vraie. Est-ce que je vous l’ai dit, que ça prend une voiture, à LA? La bonne nouvelle de la journée : on a reçu une réponse positive pour la maison de Laurel Canyon et on a rendez-vous samedi pour signer le bail. On emménage le 15 juillet.

8 juillet. La tomboy récupère.

9 juillet. Magasinage de voitures en ligne.

10 juillet. Tentative d’étude pour examen de conduite qui s’est transformée en séance de bronzage sur le bord de la piscine. Dans mon dictionnaire, « étudier à Los Angeles » n’est pas une cooccurrence possible. Méfiez-vous si vos enfants vous demandent un jour d’aller « étudier » à Los Angeles. Vous êtes prévenus.

11 juillet. Nizar négocie. Le vendeur, le visage écarlate, s’arrache les poils du nez. Que voulez-vous, il n’a pas de cheveux. Je regarde les taches sur le tapis. Mais une vente reste une vente, particulièrement en temps de crise, et on me remet non sans broncher les clés de ma nouvelle voiture. Yé!... Ça fait deux voitures à ramener, mais un seul conducteur. Pas que je ne sais pas conduire, mais tant que je n’ai pas mon permis californien, je suis expressément exclue des assurances. Nizar insiste. « Il n’arrivera rien ». J’insiste. « Je ne suis pas assurée ». Il renchérit. « Il n’arrivera rien. » Je renchéris. « Tout à coup. » On s’obstine. Je ne veux pas. On s’obstine. Je suis tentée. On s’obstine. Je flanche.

Je l’ai fait. Et non, je n’ai pas inondé de bibliothèque en frappant une borne fontaine, papa. J’appelle la planète, tout fière d’avoir osé l’illégalité. C’est bien moi, ça. M’exciter pour pas grand-chose.

12 juillet. Je suis chez le Car Rental Dealer. Ça me prend une voiture sur laquelle je suis assurée pour me rendre à la DMV passer mes examens de conduite. La seule qu’il a de disponible est une minifourgonnette. Je vais passer mon permis de conduire au volant d’une minifourgonnette. Je trouve ça ben drôle.

13 juillet. Je me rends à la DMV de North Hollywood passer mon examen de conduite écrit. Je m’en retourne bredouille, elle est fermée pour rénovations. Je dois me rendre à celle de Glendale. Pour vous situer un peu, elle se trouve quelque part entre les Mouc-Mouc islands et Saint-Clin-Clin-of-the-Meus-Meus. Ça fourmille de monde. Rien à voir avec la SAAQ. Imaginez un marché aux puces, avec des comptoirs chiffrés au lieu des boutiques, et des chaises un peu partout dans les allées. Ça me prend un moment pour m’orienter et comprendre le fonctionnement. Je fais une première file pour m’enregistrer. Je remplis un formulaire accroupie sur une table pas de chaises en me faisant tapoter les fesses par tous les sacs de l’univers qui essaient de se faufiler vers la sortie sur l’épaule d’autres moutons. Je me trouve une allée avec une chaise de libre pour poireauter en attendant qu’on appelle mon numéro. Vingt-cinq minutes plus tard, je suis postée devant un comptoir. Une dame prend mon formulaire, le rentre dans le système, me demande 25 $, me remet une feuille avec mes renseignements et me redirige vers un autre troupeau en attente de se faire marquer au fer. C’est long. J’ai mal dans le dos. Je finis par me retrouver face à l’objectif. Je m’attends à ce qu’elle me dise quand sourire, mais non. Me voilà avec une belle photo de passeport. Et je vais rejoindre un autre troupeau, cette fois pour passer à l’abattoir. C’est long, incroyablement long. On finit par nous déplacer dans une autre salle où je peux enfin asseoir mon popotin sur une petite chaise en bois raide pour passer mon examen. Les tests sont corrigés sur place. Parmi ceux qui terminent avant moi, trois échouent. Je vois ça du coin de l’œil pendant que je noircis les cases. Vient mon tour. 100 %. Merci, merci. Je vais pouvoir passer mon examen derrière le volant après-demain.

Après-demain. 9 h 20. J’aurais pu me lever, aller passer mon examen et rentrer. Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué…

Je me lève prise de panique. Tout à coup que je ne peux pas passer mon test de conduite cet après-midi comme prévu parce que je n’ai pas de preuve d’assurance du concessionnaire? J’ai loué avec ma carte de crédit et suis automatiquement assurée, mais est-ce que la DMV accepte ça? J’appelle. On me répond que c’est « inacceptable » (ils y vont un peu fort sur le choix des mots, j’arrive pas à bicyclette quand même) et que la seule assurance acceptée est celle du concessionnaire où j’ai loué la voiture. Bordel. Mon rendez-vous est à 14 h, et ce n’est pas la porte d’à côté. J’appelle le concessionnaire. Il me dit qu’il ne peut ajouter l’assurance au contrat existant, qu’il doit mettre fin au contrat et m’en faire un nouveau, sauf qu’il ne peut pas me garantir que je pourrai garder ma minifourgonnette et il n’a pas d’autres voitures en ce moment. Pardon? J’ai normalement la voiture jusqu’à demain matin, monsieur. Vous allez mettre fin à mon contrat actuel et m’en faire un nouveau jusqu’à demain qui inclut l’assurance, pour la même voiture. Capiche? Je passe mon examen de conduite dans quelques heures, monsieur (comme si c’était la fin du monde). Je ne vais pas le passer avec une voiture que je ne connais pas certain! Je vais freiner pis décoller trop sec, l’instructeur va se retrouver le front dans le pare-brise, ils vont me demander où sont les commandes de ci et de ça et je ne saurai plus, non, non, non, pas question. Il me dit de passer et qu’il va m’organiser quelque chose. Mais je dois me grouiller pour me rendre avant 10 h du mat, sinon il va me charger pour la journée. J’ai 15 minutes pour faire le plein et me rendre.

J’arrive à 10 h 02, paquet de nerfs. Il me trouve bien rigolote et se permet de me dire de me calmer sinon je ne passerai pas mon test c’est sûr. Gros con. Alors je me permets de lui faire la remarque que son pare-brise est tout crotté. En fait, c’est un peu ma faute, je testais les commandes et quand j’ai parti les essuie-glaces, ça a tout beurré. Je lui demande pourquoi ils ne louent pas des voitures avec du lave-glace. Il me répond qu’il ne pleut pas. Ah... ... ... Et si un oiseau fait ses affaires sur mon pare-brise? Hein? Je fais quoi pas de lave-glace? Je m’en vais passer mon examen de conduite dans quelques heures, moi, monsieur, (rendue là, je shakais de partout) et ils vont m’empêcher de le passer si mon pare-brise est sale!

Il a lavé mon pare-brise à la main. Il était quand même gentil au final. Bref, me revoilà sur la route à bord d’une minifourgonnette impec, les papiers d’assurance en main. Maintenant, bien entendu, je ne peux pas me rendre à la DMV conduire dans les environs pour me familiariser avec le coin avant de passer mon examen, non, parce que Nizar est parti avec mon passeport et ma Work authorization card ce matin, et j’en ai besoin pour m’identifier à la DMV. Direction bureau de Nizar à Burbank. Bien entendu, je n’ai toujours rien mangé parce que je suis trop à la course. Il est maintenant pas loin de midi et mon test est à 14 h. De là, j’en ai pour 30 minutes jusqu’à Glendale. Je mangerai une fois rendue. Je prends l’autoroute 5 comme Google map me dit. Je sors où je suis supposée sortir, mais je ne vois jamais la rue sur laquelle je dois tourner. Je me dis que LA est comme Montréal, un grand papier quadrillé, que je vais finir par me retrouver, et qu’après tout, ça me permet de me familiariser avec le coin… un long, très long moment plus tard, qu’est-ce que j’aperçois à ma droite? Pas Brad Pitt, pas Jack Nicholson, ni Tommy Lee Jones d’ailleurs, non, mais le bureau de Nizar! J’ai trouvé le tour de revenir à mon point de départ sans reprendre l’autoroute! C’est le boutte de la marde, comme on dit très élégamment. Il me reste 50 minutes pour reprendre l’autoroute, trouver le bon chemin et m’enregistrer avant 14 h, l’heure fatidique. J’arrive dans le stationnement à 13 h 42. Pas une seule place de libre, évidemment, et 8524 voitures à la chasse. Je tourne en rond pendant 10 minutes et décide d’aller me garer plus loin, dans une petite rue. Le pire stationnement parallèle de ma vie. Je suis garée tout croche, les roues bien trop loin du trottoir, mais je n’ai pas le temps de me reprendre. De toute façon, l’inspecteur ne viendra jamais chercher ma voiture avec moi… sur cette pensée, j’avoue que j’ai imploré mes disparus.

Je cours maintenant comme une poule pas de tête vers le comptoir des examens derrière le volant. Noooon, mais dis-moi pas que c’est pas vrai! Mon examen est dans 5 minutes et il y a 3222 personnes en file! Je cherche l’heure d’examen sur la convocation des gens autour de moi… Ok, je ne suis pas la seule. Reste plus qu’à attendre comme tout le monde, et surtout, à me calmer. Et j’essaie de me raisonner. « Ce sont tous des jeunes qui passent leur permis pour la première fois. Ça fait onze ans que tu conduis. Veux-tu bien me dire pourquoi t’es stressée? » Et je me comprends, je sais que je n’ai rien à craindre, que je vais le passer haut la main, mais mon corps, lui, il n’en a rien à cirer. Je sens toujours tout mon intérieur rongé par le stress. Que voulez-vous, je suis mal faite de même. Je finis par m’enregistrer 25 douloureuses minutes plus tard, et on m’appelle à 14 h 45. Je vais chercher ma voiture et la gare en file. C’est le paradis de la perte de temps, la DMV. 1310 voitures devant moi. Il fait 8444 degrés, je sue à grosse gouttes, je suis complètement déshydratée et j’ai faim. J’espère juste ne pas mourir. Le point positif? Je suis tellement à l’article de la mort que je n’ai même plus l’énergie de stresser… enfin! Les inspecteurs des voitures voisines semblent hyper sympathiques. Mais bien sûr, pour faire changement, je me retrouve avec la plus grosse air bête de la planète et un « left flasher! » en guise de bonjour. Vingt minutes plus tard, je gare la voiture dans le stationnement de la DMV. Je me retourne vers mon air bête, et elle me dit simplement « you passed ». That’s it. C’est fait. Je sors de la voiture, le sourire aux lèvres, quand j’aperçois une fille à côté en larmes dans les bras de sa mère. Je fais ma poker face par respect, et je vais me remettre à sourire dans une énième file pour qu’on me donne ma liberté.

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Objectif du jour : Vous mettre à jour.

Fait saillant : Encore quelques épisodes à vous raconter et je serai à jour.

Pensée du jour : « Et vous qui croyiez que j’allais passer mes journées sur la plage! »

samedi 14 novembre 2009

Jour Jessépasplussecombien : The Man in Black


C’est fabuleux. Ça fera un an demain qu’on est mariés. Quoi de plus approprié que Koi, le resto le plus fabuleux de LA pour célébrer. On commande une foule de petits plats à partager. On mange, on s’extasie, on mange, on s’extasie de plus belle, je ressasse l’histoire des bisons, on mange, on boit, la vie est belle, on s’aime. On paye, on sort, on remet notre petit coupon au valet et on se poste sur le trottoir en attendant notre voiture. On dirait un concours de qui a la plus belle voiture. Une corvette jaune poussin arrive. Un jeune homme accompagné d’une jeune femme les bras remplis de roses qu’une vieille dame vient de leur vendre sur le trottoir prennent place à bord. Puis vient une Lincoln. Puis une Rolls Royce. Je placote, mon chum n’écoute plus. Soudain, il prononce ces mots :

- C’est pas un vieux pervers à côté?

Je me retourne… juste à côté de moi, un vieux tripote la croupe d’une poufiasse.

- Elle a l’air ferme et elle a de beaux cheveux, mais ça veut pas dire qu’elle a pas le visage tout ridé…

Je continue de placoter. Mon chum n’écoute pas plus. Soudain, il prononce ces mots :

- C’est pas Tommy Lee Jones?

Je me retourne… c’est pas Brad Pitt… pas Jack Nicholson, non, mais c’est bel et bien TOMMY LEE JONES!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! TOMMY LEE JONES PUTAIN DE BORDEL DE MERDE! À 1 PIED TROIS POUCES DE MON ÉPAULE GAUCHE!!!!!!!!

Je suis tellement excitée que je ne trouve rien de mieux à faire que de sacrer une de ces bines à mon chum. Je me retourne. C’est vraiment lui. Et une autre bine. De sacrés bines. Je suis drôlement fière de lui. Lui qui a vu mille vedettes depuis qu’il est déménagé mais impossible de dire lesquelles! Il l’a reconnu à ces cicatrices, qu’il dit. « Il a le visage aussi magané dans la vie que dans ses films » qu’il dit. Et je confirme.

Je m’approche… un peu pompette… et demande :

- Excuse me… do you know me? Cause I think I know you from somewhere…

Ben non. Bien trop occupée à sacrer des bines et à étrangler mon chum pour le beau post qu’il vient de m’offrir! Tommy Lee Jones a eu le temps de faire monter sa jeune conquête d’à peine 20 ans dans sa Rolls Royce avant que je ne puisse me lancer dans quelque délire que ce soit… mais quand même.
« Le vieux pervers ». Malade. I love my husband. I love LA.

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Objectif du jour : Manger léger pour laisser toute la place aux petits plats « Signature Koi ».

Fait saillant : Tommy Lee Jones… à un pied trois pouces de mon épaule gauche!!

Pensée du jour : « Oh, oh… Une petite recherche sur Wikipedia me révèle que Tommy Lee Jones est marié à Dawn Laurel depuis 2001… et elle n’a pas la silhouette de la jeune conquête qui l’accompagnait hier soir… potins, potins! »

jeudi 29 octobre 2009

Jour jessépucombien

Je l’avoue, j’ai perdu le fil. Pas le fil à coudre, non, j’en ai une boîte remplie, et je sais où elle est. J’ai eu le temps de tout bien organiser avant que ma visite arrive… si l’envie me prend de me tricoter une paire de chaussettes et que ma grand-mère est dans les parages, le tour est joué. Non, j’ai plutôt perdu le fil de mon récit. Shame on me. J’ai sans doute perdu du coup tout mon mince lectorat, famille comprise, c’est tout dire. Mais depuis, mes claquettes ont beaucoup voyagé, et je me suis ramassé un petit baluchon d’histoires savoureuses à vous raconter.

Mais pas ce soir, non. Parce qu’au lieu d’écrire, aujourd’hui, je suis allée acheter des laisses à mes minous. C’est bizarre, je vous l’accorde. Bon, comme une idée en amène une autre et que je suis spécialiste pour passer de l’une à l’autre sans conclure l’une ou l‘autre, je vais rester fidèle à moi-même et vous partager le pire drame de mon aventure en Californie.

On est le 2 septembre. Ma copine et moi, on vient de passer une nuit digne d’un film d’Alfred Hitchcock. Bon… je vous raconte la nuit, il le faut bien. On est le 1er septembre. Ma copine et moi, dis-je, revenons d’un souper extraordinairement bon dans le seul restaurant encore ouvert à Kanab qui sert de l’alcool (état mormon oblige), en route entre Bryce Canyon et le Grand Canyon. La meilleure soupe aux tomates que j’ai goûtée de ma vie. Mes papilles en frétillent encore. Le personnel « artiste » affiche et vend ses œuvres dans le resto : des photos de gueules de chiens, gros plans sur des museaux ou des pattes, sur fond blanc, des flous, magnifique. Une galerie à l’étage… un peu beaucoup très moche, elle, je l’admets, mais la bouffe et l’accueil : 5 étoiles. Et c’est juste à côté d’un Pawn Shop qui vend des diamants, de l’art indien et… des armes. Charmant. Trêve de détails sans importance, nous avons repris la route depuis maintenant plus d’une heure et demie sans croiser personne, et je souligne, personne. Bon, je l'aurais bien souligné, mais l'application de mon blog ne me le permet pas. Nous n’avons plus de réception satellite pour le GPS, ni cellulaire pour appeler le 911 si on se fait attaquer par un des quatre-vingt-douze mille deers qui nous regardent passer en broutant la gravelle au lieu d’aller gambader en bondissant gaiement dans le 99,999% de nature sauvage qui nous entoure. Vous avez senti l’énervement ici… Je l’ai trouvé tout mignon le premier deer qu’on a croisé à Zion, « Oh! qu’il est mignon, le petit deer! » Clic, clic, clic, 20 photos du deer! Eh bien j’en ai eu ma dose, des deers. J’en ai vu plus en une semaine que je n’en verrai jamais de toute ma vie, des putains de deers. La prochaine fois que je joue à Fais-moi un dessin, il n’y a pas personne qui pourra confondre mon deer avec un éléphant. Nous étions donc en route vers le Grand Canyon dans le noir absolu, seules au monde à nous enfoncer dans la nature sauvage. Parce que bien entendu, nous n’allions pas aller visiter le côté sud, parce que trop touristique, non, on a choisi le côté nord, bien plus authentique. Je ne sais pas si vous l’avez senti, mais il est supposé y avoir de l’ironie dans cette dernière phrase. Toujours est-il, nous arrivons enfin au Grand Canyon. Il est environ… minuit et demi ou une heure du matin. « Grand Canyon ». À quoi pensez-vous? Des rochers et des précipices. Je vous rappelle qu’on est seules au monde, qu’on est dans le noir absolu et qu’on ne voit que ce que mes hautes éclairent. Je parle de celles de la voiture, là. Commencez pas à vous imaginer des affaires, ma gang de… enfin, vous voyez le tableau. Un tout petit chemin sinueux bordé de petits yeux brillants qui broutent la gravelle. La barrière du parc est levée. On entre dans le Grand Canyon. J’ai les bras tendus, les paumes collées au volant, les yeux écarquillés, les épaules crispées, la tête dans le pare-brise. Depuis une heure et demie.

- Une traversée.

C’était notre code. Pour pas m’énerver avec des « TENTION!!!!!!!!!!! ». Je ne parle pas de la tension, même si elle se faisait bien sentir, non, je parle de
« tention », comme dans « attention » débité tellement vite qu’on omet de prononcer la première syllabe.

Je m’arrête. Laisse passer les %*#$%*$ de deers. Mais… mais qu’est-ce que…

- Fffuck!

Pas un petit « fuck » net frette sec, un long « fuck », avec au moins 4 ou 5
« f ». Ça sonne plus comme un « phoque », avec 6 ou 7 « ph ». Devant nous, pas Brad Pitt, pas Jack Nicholson, non, un troupeau de bisons. Pas deux ou trois, deux ou trois MILLE, avec des bébés, des papas, des mamans, des tantes, des oncles, des laitiers, des mamies, des papis et sans doute quelques consanguins. Ils sont tous là à traverser notre petit bout de chemin sinueux au beau milieu du Grand Canyon, dans le noir et le silence absolu.

- Fais demi-tour.
- Mais je peux pas! On sait pas si c’est le vide à côté!
- Mais tu veux pas rester là!
- C’est pas que je veux pas, je peux pas.

Et j’éteins tout.

- Mais qu’est-ce que tu fais là!
- Shuuut… on va passer pour un rocher.

Silence et rires nerveux. Au beau milieu du Grand Canyon en pleine nuit dans le noir absolu. Tout ce qu’on entend, c’est nous qui chuchotons et des bisons qui reniflent et qui beuglent. On les voit même plus. On distingue juste leur silhouette monstrueuse dans la pleine lune.

- Ils sont arrêtés, non?
- Putain ils bougent plus. Ils vont pas rester là au beau milieu du chemin! Ils ont tout le Grand Canyon à eux tout seuls et ils viennent se foutre à 6 mètres de nous pour nous bloquer le chemin au moment même où on passe? Non mais c’est pas possible! Dis-moi pas que notre destin est de mourir ce soir attaquées par des bisons au beau milieu du Grand Canyon à 1h du mat!
- Fais demi-tour
- Est-ce que ça court un bison?
- Ça a des pattes, qu’est-ce que tu crois?
- Je peux pas.
- Ils avancent vers nous là, non?
- Oh putain. Mamaaaaan… Ok, je fais demi-tour. Prête?
- Vas-yyyyy!
- Fffffffuck.

Je démarre le moteur. Eh ben je peux vous dire que je ne suis pas peu fière de ma petite bagnole chérie. Avec mon moteur puissant qui vrombit plus fort que le plus gros bison avec le plus gros des anneaux dans le nez, je leur ai donné la frousse! Ils ont pris leurs pattes à leur cou bossu et se sont mis à fuir en troupeau bien cordé comme dans les films, avec la poussière autour, des traces de petit pipi et le bruit des pattes qui frappent… ah, c’était pas un précipice… j’aurais pu faire demi-tour finalement…

J’allume tout de go mes phares en poussant un rire machiavélique pour leur donner encore plus la frousse et en moins de deux, le champ est libre. On est sauvées!

Mais le sort n’allait pas finir de s’acharner pour autant. Quelques mètres plus loin, juste pour en rajouter une couche, je suis forcée de m’arrêter pour une autre traversée… celle de la souris. Pas un gros rat facile à repérer, là. Une minuscule petite souris qui arrête sa traversée en me voyant arriver, et qui, prise de panique, se met à zigzaguer sur la route en éclaireur. C’est parce que ça a beau courir pour sa vie, une souris, ça s’apparente drôlement à la vitesse d’une tortue. Et moi qui aime trop les animaux, je vais pas risquer de l’écraser quand même, alors je roule à même pas 1 mile à l’heure derrière elle. J’ai l’impression de vivre la version psychologique des douze travaux d’Astérix. Est-ce que j’ai besoin de vous dire à quel point je suis attentive pour l’avoir spottée celle-là? Est-ce que j’ai besoin de vous dire que je commence à avoir les yeux un peu secs, une petite douleur dans le cou et une écœurantite aiguë de la nature sauvage, rendue là? Mais trop c’est trop, on ne va pas y passer la nuit. J’enligne mes roues de chaque côté et je fais une petite prière pour pas qu’elle change sa trajectoire au moment où je passe. Silence. Pas de couic. C’est bon signe. Ma conscience est préservée.

On arrive enfin au Grand Canyon Lodge. Plus une seule place dans le stationnement à part bien sûr tout au fond, là où le lampadaire est brûlé. C’est là que les gens se font piétiner par un troupeau de bison, enlever par des extra-terrestres ou violer par une famille de deers. Mais on n’a pas le choix, on doit se garer et faire le reste à pied. Tant pis, on déplacera la voiture en revenant prendre nos affaires. Je me gare en plein là où j’ai pas le droit. C’est beaucoup plus sécuritaire. Là ça va faire. C’est bien assez que le malheur nous coure après, on va pas en plus faire exprès. Et on fait le reste à pied, jusqu’à l’auberge. À mi-chemin, on aperçoit un gamin courir de l’accueil à un autre bâtiment. Ça donne la chair de poule. Mais pas autant que l’accueil. L’endroit est désert, sombre et lugubre. Une vieille radio en bois qui grésille crache une musique des années 50. On a le poil des bras comme les cheveux d’un punk, sans la coloration. Nous, c’est plutôt la décoloration. Enfin, passons. Le gamin revient. C’est en fait lui qui est seul responsable de l’accueil à une heure aussi tardive. Un adolescent prépubère, le visage boutonneux, l’œil rieur.

- Il découpe des petits enfants dans ses temps libres, lui.

Ma copine et ses charmants commentaires. Comme si personne ne pouvait la comprendre. Elle se prend pour une Québécoise en France… (que personne ne se vexe, elle est Française – c’est juste une petite blague). Si ça se trouve, c’est un adolescent prépubère surdoué qui possède un doctorat en français langue seconde, ou encore plus rare, copine, un Français en échange aux États-Unis. Si je ne me retenais pas, je vous raconterais un autre épisode du voyage là tout de suite maintenant… mais je me retiens. Parce que ça va vous couper l’appétit. Hein, copine?

Il finit par nous remettre les clés de notre chambre ainsi que le plan pour nous y rendre. C’est dans le bâtiment type « motel » le plus éloigné de l’accueil. Évidemment. Il nous conseille de nous rapprocher le plus possible en voiture, de faire le reste à pied avec nos valises, puis de retourner nous stationner.

- Is it really that far? Can’t we just park and walk?

Écoutez bien ce qu’il dit. Faut entendre « I » comme un long « I » hésitant.

- IIIIIII… wouldn’t walk, qu’il dit avec son œil rieur.

On s’entend ravaler notre salive en un concert d’épiglottes qui clapotent. À ce moment-là, je m’attends à ce qu’on me mette un sac à poubelle sur la tête. Mais il n’en est rien. Ils attendent peut-être qu’on soit dans notre chambre…

De retour au stationnement, on s’obstine un peu pour qui va garer la voiture. Je finis par y aller, mais je peux vous dire que j’ai fait ça plus vite que mon ombre. Lucky Luke ne dégaine pas plus vite que je suis sortie de la voiture ce soir-là.

Juste pour faire un petit rappel, cet épisode était une parenthèse pour en venir au pire drame de mon aventure en Californie. Là, mon chum doit être fier de moi. Moi qui perd toujours le fil… par contre je vais rester fidèle à moi-même et ne pas conclure aujourd’hui. Je commence à avoir des petites crampes dans les phalangettes.

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Objectif du jour : Reprendre l’écriture de mon blog.

Fait saillant : J’ai réussi!

Pensée du jour : « Oups... je n'ai toujours pas expliqué pourquoi j'ai acheté des laisses... »